Les grands hommes qui ont vécu à Saint-Cyr-sur-Loire

 

Henri-Louis BERGSON

"L'art vise à imprimer en nous des sentiments plutôt qu'à les exprimer" ainsi pensait Henri-Louis Bergson, dont le père était musicien pianiste et compositeur, professeur au Conservatoire de Genève.

Passionné de musique Henri-Louis né à Paris en 1859 d'une famille israélite et anglaise par sa mère, disparut en 1941. Après de brillantes études au Lycée Condorcet à Paris, il obtient un prix d'honneur en rhétorique et en mathématiques. Il retrouve la solution "par la règle et le compas" du problème des trois cercles dont parle Pascal. Solution publiée dans les Annales de Mathématiques".
Mais il se dirige finalement vers la philosophie, après son agrégation où il fut reçu deuxième derrière Jaurès, il devient professeur à Angers. En 1884, il publie "Extraits de Lutèce". Puis il enseigne à Clermont-Ferrand et à Paris au Lycée Henri IV. Il soutient deux thèses de doctorat "Essai sur les données immédiates de la conscience et une thèse latine Quid Aristoteles de loco senserit".

En 1897, paraît Matière et mémoire, Essai sur la relation du corps et de l'esprit. En 1900, il est maître de conférence à l'Ecole Normale Supérieure, puis il est nommé au Collège de France. Il publie en 1901 et 1907 "Le Rêve, essai sur la signification du comique et L'évolution créatrice, en 1922, Durée et Simultanéité.

En 1901, il sera à l'Académie des Sciences Morales, en 1918 à l'Académie Française et il obtient en 1928 le prix Nobel de Littérature.

Après des missions aux Etats-Unis, il publie L'énergie spirituelle, en 1932 Les deux sources de la morale et de la religion . Puis en 1934 La Pensée et le mouvant, on peut lire " que tout vrai philosophe passe sa vie et son oeuvre à tenter d'exprimer une intuition fondamentale et unique qui est "quelque chose de simple, d'infiniment simple, de si extraordinaire simple"... qu'il ne parvient jamais à l'exposer adéquatement !"

Son intuition fondamentale c'est la distinction radicale de l'espace et de la durée. N’aimant ni réfuter, ni bâtir des théories, il s’efforçait seulement de « regarder naïvement en soi et autour de soi ». Tout n’était que science et plus métaphysique

C'est en 1937, qu'il choisit de passer ses vacances à La Gaudinière à Saint-Cyr, propriété qu'il va acquérir par la suite. Il y fêtera ses 80 ans, quelques mois avant sa mort, en présence des maires de Tours et de St-Cyr ainsi que du Directeur de l'Ecole de Médecine le Dr Guillaume-Louis. Il s’effrayait de l’hitlérisme Il était ami de Roland Engerand écrivain saint-cyrien. Anatole France, qui occupa quelques années auparavant la propriété voisine, disait qu'il ne comprenait rien à sa philosophie.

Le rédacteur en chef de " La Dépêche du Centre " avait rédigé un article à l'occasion de la mort du philosophe qui fût interdit par la censure allemande. Il écrivait "La Touraine, patrie de Descartes perd en Bergson, un de ses hôtes les plus illustres, l'un des esprits les plus représentatifs de tous les temps."
AVEC MC.

 

Georges COURTELINE

C'est au domicile de son Grand-Père maternel à Tours que nait en 1858 et non en 1860 comme l’indiquent quelques biographes, Courteline ayant pris l’habitude de se rajeunir de deux ans, Georges Victor Marcel Moinaux qui y passe sa prime enfance. Il mourra à Paris le jour anniversaire de sa naissance le 25 juin 1929.

A 5 ans il retourne chez ses parents à Paris, sur la Butte Montmartre, rue des Rosiers. Son père Jules est rédacteur judiciaire et écrivain, il reçoit le tout-Paris des théâtres. Baigné dans cette atmosphère quotidienne, l'enfant rêve de devenir comédien. Cependant son professeur de français perçoit son talent littéraire et l'encourage à écrire.

Ses études terminées, il doit faire son Service militaire, d'une courte durée étant de faible constitution. Cet épisode lui inspire ses premiers écrits, sous le pseudonyme de Courteline, nom du moineau du roman de son ami Jules Renard. Il publie en 1886 et 1887 Les Gaietés de l'escadron et Le Train de 8 H 47 , Lidoire en 1891 qui obtient un vif succès. Puis son père lui trouve un poste au Ministère des cultes. Il évoque bientôt sa vie de rond-de-cuir en 1893 dans Messieurs les ronds-de-cuir, où il décrit la stupidité de ces personnages imbus de leur pouvoir qui compliquent des questions simples pour les rendre insolubles.

Il donne libre cours à sa verve dont le public raffole, dans des chroniques drolatiques pour diverses revues. Dans les estaminets il rencontre les plus grands humoristes, tels Alphonse Allais, Tristan Bernard et le chanteur Paul Delmet. Il remanie sans cesse ses manuscrits ,il déclare " Ces gaillards-là ne savent pas la peine que j'ai toujours eue ! Ils se figurent que les choses bien viennent comme ça, en soufflant sur du papier; Alors que moi, je fais mes phrases comme on fait un train ! Je prends un mot ici, un mot là, comme un wagon sur une voie et un second sur une autres; et quand je crois que ça tient, puis que je siffle d'allégresse pour ordonner le départ, allez-y , patatras, ça déraille et voila tout par terre !"

La parution de nombreux ouvrages se poursuit, notamment Boubouroche en 1893, avec ce vaudeville il entre véritablement dans la postérité. Suivent en 1896 Le droit aux étrennes, Hortense, couche-toi, Le Boulinquin en 1898 et I899, Le Commissaire est bon enfant. Puis une satyre de la justice avec Un client sérieux et L'Article, en 1900 La paix chez soi, La Cruche ou j'en ai plein le dos de Margot.

Dans un temps, où la pièce à thèse infestait le théâtre, Courteline a eu le mérite de rester bravement à l’écart pour maintenir la vie au premier plan. Chez lui l’observation régit toutes choses.

En 1903 Robert Dieudonné brosse un portrait de son ami Georges Courteline "Les cheveux longs vont jusqu'au faux col, la tête est fine sans couleur, un peu cireuse avec deux tâches de chaque côté des paupières, la moustache chevauche sans fierté une bouche mince, sur le menton jouent des poils follets de tout jeune homme, son chapeau mou sur l'oreille, le col relevé, les mains dans les poches , sa serviette sous le bras, le nez au vent, un pli au front, il passe dans la rue. Courteline vit en dehors des coteries littéraires. Il voit tous les jours quelques amis, évite les indifférents et s'enfuit devant les raseurs".

Il est nommé Commandeur dans l'ordre de La Légion d'Honneur et entre à l'Académie Goncourt.

De temps en temps, avec sa famille, Courteline revient en Touraine, notamment durant la guerre de 1914-1918. A la librairie Tridon il rencontre Lucien Guitry et Anatole France qui le reçoit chez lui à Saint-Cyr. Il nous narre "Planté sur le bord du trottoir... Courteline criait à tue-tête, je ne veux pas être honorable, ni respectable. Qu'on dise de moi tout ce qu'on voudra..... mais qu'on ne dise pas que je suis un honorable vieillard".

Ses quatre dernières années furent très douloureuses car il dû être amputé d'une jambe. En 1929, il décéde après une seconde amputation. Il est enterré au Père Lachaise.

Dans la préface de son livre Le Bureau du Commissaire, Alexandre Dumas Fils dépeint l'oeuvre de Georges Courteline avec enthousiasme et lucidité. "Vous êtes un des conteurs les plus originaux et les plus désopilants qui aient jamais existé dans notre pays de France. vous puisez à la source inépuisable; car ce qui fait le mal en ce monde, ce n'est pas la méchanceté, c'est la bêtise".
Georges Courteline n'a-t-il pas lui-même écrit que "Passer pour un idiot aux yeux d'un imbécile est une volupté de fin gourmet".
AVEC MC.

 

Roland ENGERAND

C'est en qualité de capitaine au 501ème régiment de chars de combat que Roland Engerand, Officier de la Légion d'Honneur, se fixe à Tours en 1923. Né en pays d'Auge à Caen en 1892, d'un père député du Calvados, il s'engage dans l'Armée en 1911 et participe aux combats de la Première Guerre Mondiale, où il est blessé plusieurs fois.

Il consacre ses temps libres à l'écriture. Disciple de Maurice Barrés, il publie en 1929 à Paris "Aux fontaines de Maurice Barrés".

Patriote, il écrit "Vouloir aimer l'univers, sans aimer sa patrie, est la plus stupide ineptie des temps modernes. L'esprit de paix ne se créera pas par une réduction de notre respect pour le pays natal, mais par une extension de ce respect aux autres nations."

L'un de ses premiers ouvrages parus à Tours en 1929 est Jeanne d'Arc à Tours. C'est lui qui préface en 1933 le livre de son ami Jacques-Marie Rougé - Dans le Vieux Tours. Ensuite il publie La mauvaise conduite d'Arlette, La chevauchée sacrée, puis un hommage à son pays natal, En Pays d'Auge. En 1935, paraît à Tours Adorable Touraine, et Trois paysages littéraires au Jardin de la France.

Pour raison de santé il est contraint de quitter l'armée. il vient se fixer à Saint-Cyr-sur-Loire en 1937 dans la propriété de La Fabrice et se livre désormais à plein temps à son activité favorite, la littérature. Il y rencontre Henri-Louis Bergson avec qui il se lie d'amitié; En 1943, il publie, illustré par Ferdinand Dubreuil, Les amours d'Alfred de Vigny, Scènes de la vie de province en Tours. En 1946 sort, Les Rendez-vous de Loches, Trois édifiantes pécheresses, où il décrit les aventures d'Agnés Sorel, puis en 1949 Honorine de Balzac et La Comédie humaine au jardin de la France.

La Société des Gens de Lettres lui décerne le grand prix de littérature régionaliste.

On lui doit aussi "Ce que la France et le monde doivent à la Touraine". En retour les tourangeaux doivent à Roland Engerand décédé à Saint-Cyr le 10 avril 1958, d'avoir su hisser les couleurs de notre Touraine, en la faisant connaître et apprécier.
AVEC MC.

Charles Alexis de TOCQUEVILLE
Fils d'un gentilhomme de la chambre du roi et pair de France, Charles Alexis de Tocqueville est né à Paris en 1805. Après des études de droit il devient magistrat, juge à Versailles en 1827.

Puis il part aux Etats-Unis, avec son ami Gustave de Beaumont étudier pour le gouvernement le Système pénitentiaire aux Etats-Unis et de son application en France. Avocat à Paris, il prépare son ouvrage " De la démocratie en Amérique" qu'il publie en 1840, le rendant aussitôt célèbre tant en France qu'en Grande-Bretagne dans les milieux libéraux. Car bien qu'aristocrate il devient démocrate. Il est favorable à la création de contre-pouvoirs afin de faire renaître les libertés locales, que la Révolution a malmenées et de développer les associations.

Elu en 1838 Membre de l'Académie des Sciences morales et politiques et l'année suivante député de la Manche, il est membre de l'Académie Française en 1841,après la publication de la seconde partie de Démocratie. Il expose la nécessité des réformes démocratiques, libertés d'association, de presse, de centralisation. Il soutient la liberté de l'enseignement et les idées libre-échangistes.

Elu ministre des affaires étrangères en 1848, mais s'étant opposé au coup d'état du 2 Décembre 1851 il est emprisonné et se retire de la politique. Il se consacre alors à la rédaction de l'Ancien Régime et La Révolution en 1856, où il soutient que la Révolution n'a pas rompu complétement avec le passé, notamment dans les domaines de la centralisation administrative de la prépondérance de la capitale et du morcellement de la propriété, il y a continuité avec l'Ancien Régime. Il pressent l'avénement de la démocratie en France.

Son étude de la Révolution française l'oblige à compulser de nombreuses archives dont celles d'Indre et Loire. Sa santé déficiente l'y conduit à nouveau pour consulter le Docteur Bretonneau, près de qui , durant 2 ans, il réside à Saint-Cyr dans la propriété des "Trésorières" . Il meurt à Cannes en 1859.

Alexis-Charles de Tocqueville est un précurseur de l'histoire des mentalités, dont la noblesse de caractère, la hauteur de vues lui ont valu l'estime de tous les partis.

 
Les grands hommes qui ont vécu à Saint-Cyr-sur-Loire
On a trop souvent oublié les grands hommes qui ont vécu à Saint-Cyr.Ils sont venus à Saint-Cyr pour y vivre, un instant, une vie, un espoir. Aujourd'hui, ils sont nombreux. Ils sont droit à la quiétude mais l'histoire ne les oubliera pas.